Dune au cinéma

Photo by Daniele Colucci on Unsplash

Dune, histoire d’un roman

En 1965, paraît le roman qui reste, encore aujourd’hui, le roman de science-fiction le plus vendu de tous les temps : Dune. Son auteur, Frank Herbert, y aborde non seulement les thèmes propres à ce genre littéraire, mais également d’autres thèmes comme l’écologie, la survie de l’espèce humaine, la spiritualité, et le rapport au pouvoir.

L’intrigue commence en l’an 10191 du calendrier impérial (26 321 après Jésus Christ). Dans ce futur très lointain, la galaxie est dirigée par un ensemble de grandes maisons, comme celle des Atréides ou encore des Harkonnen.

Paul Atréide, le héros de cette histoire, est le fils du duc de la maison Atréide, qui se voit confier la gestion de la planète Arrakis par la famille impériale. Cette planète est la seule de l’univers à produire l’Epice, une substance rarissime qui permet, entre autre, de rallonger la vie, et donner une aptitude de prescience impérative au voyage interstellaire. C’est la substance la plus précieuse de l’univers.

Le roman raconte la lutte des Atréides contre le clan rival, celui des Harkonnen : ces derniers vont anéantir les Atréides et tuer le père de Paul. Mais ce dernier parvient à s’enfuir avec sa mère et trouve refuge dans le désert auprès des Fremen, les habitants originels d’Arrakis. Avec eux, il va reprendre la planète, et conquérir le trône impérial.

Un projet cinématographique mythique

Une œuvre aussi grandiose a mécaniquement intéressé le cinéma. Depuis 50 ans, de très nombreux réalisateurs et producteurs ont essayés, parfois avec succès, d’adapter ce monument de la littérature mondiale.

Le premier à s’y essayer est le producteur du film La Planète des singes : Arthur P. Jacobs, qui se procure les droits en 1971. Mais le projet n’aboutira jamais : un réalisateur finit par être engagé, puis un scénariste. Le tournage aurait dû débuter en 1974… mais Arthur P. Jacobs décède en 1973. Son projet ne verra jamais le jour.

“Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale…” (Litanie de l’ordre du Bene Gesserit)

Jodorowsky

Les droits d’adaptations sont rachetés par la société de production de Michel Seydoux, (oncle de l’actrice Léa Seydou), qui choisi comme réalisateur Alejandro Jodorowsky, cinéaste et artiste multidisciplinaire chilien associé au mouvement surréaliste.

Ce dernier prépare un film monumental, aux influences artistiques ambitieuses et au casting alléchant : Salvador Dali étant censé jouer l’empereur de la galaxie, on y trouve également Mick Jagger, Orson Wells, Amanda Lear ou encore Alain Delon.

Le dessinateur de BD Moebius est chargé de créer les décors, tandis que les groupes Pink Floyd et Magma seront chargé de composer la musique.

Mais le film s’éloigne de plus en plus de l’œuvre originale. Le scénario prévoyant un long-métrage… de quatorze heures.

Le projet ne verra jamais le jour, mais reste encore aujourd’hui l’un des grands mythes du cinéma comme film grandiose qui n’a jamais été réalisé.

En 2013, un documentaire sur ce projet paraîtra dans les salles, dévoilant tout l’ambition du projet.

Lynch

C’est le producteur Dino de Lorentis qui héritera des droits de Dune. Il demandera alors directement à Frank Herbert d’en écrire le scénario. Il souhaitera confier le projet à Ridley Scott à la réalisation. Mais le décès du frère de ce dernier l’empêche de réaliser le film. Le producteur italien se tournera donc vers David Lynch.

David Lynch n’est pourtant pas amateur de science fiction : quand Lorentis vient le trouver, il vient de refuser de tourner Le retour du Jedi, troisième (ou sixième selon l’ordre) épisode de la saga Star Wars que George Lucas venait de lui proposer.

“Le dormeur doit se réveiller” (Paul Atréide)

Mais intrigué par l’univers d’Herbert, ce dernier finit par accepter, et remanie à son tour le scénario et réalise, enfin, une version cinématographique de Dune.

Le résultat divise encore aujourd’hui les cinéphiles et amateurs de science fiction, et les fans de David Lynch. Si on trouve des gens pour défendre le film, il est en revanche un échec critique et commercial.

David Lynch lui-même n’apprécie par le montage qui a été fait à son insu. Sur certaines versions particulièrement modifiées, il a demandé à ce que son nom disparaisse, au profit de celui d’ “Alan Smithee” à la réalisation (un pseudonyme largement utilisé par les cinéastes reniant leurs films) et celui de “Judas Booth” au scénario (Judas comme l’apôtre qui a trahi le Christ, et Booth, comme le nom de l’assassin d’Abraham Lincoln. Lynch soulignant ainsi la trahison artistique dont il estime avoir été victime par la production).

Une première adaptation au résultat relativement mitigé, mais qui n’était qu’un premier pas pour cette aventure au cinéma.

Dune à la télévision : deux mini-séries à succès

Au début des années 2000, la chaîne Sy-fy sera à l’origine de plusieurs grands succès de séries de sciences fiction, dont l’excellente “Battlestar Galactica”, reboot d’une série des années 70. Mais avant ce succès, la chaîne avait connu une première réussite avec de nouvelles adaptations de Dune.

Ces deux mini-séries, Dune, et sa suite, Les Enfants de Dune de 3 épisodes chacune, obtiendrons un succès suffisant pour rassurer les fans de cette saga SF, et avec, les producteurs de cinéma.

Visuellement, elles s’inspirent de certains effets visuels crées par Mobius pour le projet de Jodorowsky. Elles remporteront chacune des Emmy Awards des meilleurs effets spéciaux.

Le retour triomphal porté par Denis Villeneuve

Le cinéma n’a pas dit son dernier mot avec le projet. Les succès grandissants des films de sciences-fictions et les gros progrès faits dans le domaine des effets spéciaux depuis la version de David Lynch donnent espoir de redorer le blason de Dune au cinéma.

En 2008, un nouveau projet est lancé par les studios Paramount. Mais hélas, ces derniers doivent changer régulièrement de réalisateur. Le projet finit par être abandonné en 2011.

Il faudra attendre 2016 pour qu’un autre studio, Legendary entertainment s’empare des droits d’adaptation du livre de Frank Herbert.

“Toute la théorie du combat repose sur le risque calculé. Mais lorsqu’on en arrive à risquer sa propre famille. Les éléments du calcul sont noyés dans… autre chose.” (Leto Atréide)

Le film

Le réalisateur canadien Denis Villeneuve se montre immédiatement intéressé. Ayant fait ses preuves aussi bien dans indépendant (Incendies, adaptation d’un texte de Wadji Mouawad) que dans des films de science fiction à gros budget (Blade Runner 2049), c’est un candidat idéal.

Il commence à travailler sur le projet, très attendu par la critique et le public. Malheureusement, la pandémie mondiale du COVID 19 décallera la sortie à plusieurs reprise, mais il finira par paraître en septembre 2021.

Contrairement à la version de Lynch, Denis Villeneuve à fait le choix de diviser le film en 2, ce qui était le choix initial de Frank Herbert dans son roman. La production du second opus sera en revanche conditionné par le succès du premier.

Le résultat est un film aux visuels travaillé, très riche esthétiquement, et construit à la fois dans la fidélité au roman, le savoir faire technique et une certaine sobriété dans la réalisation. La critique et le public font que le succès est pour le moment au rendez-vous.

Dune : the Sisterhood

Mais la paramount est ambitieuse, et veut plus que la réalisation d’un film à succès : l’ambition de Dune est de créer un univers transmédia capable de rivaliser avec les autres grandes franchises incarnées notamment par Disney (Marvel, et surtout Star Wars, concurrent direct de Dune).

Pour cela, la Paramount compte produire, toujours avec Denis Villeneuve la série Dune : the Sisterhood, un spin-off du film s’interessant à l’ordre du Bene Gesserit, l’ordre mystique auquel appartient la mère de Paul Atréide.

Pour aller plus loin

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